Beaucoup d’entres vous le savent, nous avons eu la joie d’apprendre avant Noël la venue d’un 3ème petit trésor dans notre famille. Cela a quelque peu boulversé nos projets de voyage jusqu’à l’été car ce bébé devait arriver mi juillet. Nous avons donc décider de repartir seulement jusqu’à Pacques et de préparer ensuite la venue de notre 3ème enfant.
Avant de partir, rendez-vous chez la gynécologue pour vérifier que tout va bien. Mais elle détecte une anomalie et nous envoie à l’hôpital pour un second avis.
Suite à cette échographie, on nous recommande une choriocentese qui permettra de définir avec exactitude s’il y a un problème grave et de quel ordre.Nous avons vécu de longues journées d’attente et d’angoisse très difficiles.
Mardi 29 janvier, le verdict tombe : T13. Notre bébé est malade et ne pourra pas survivre.
Je suis dans le 4ème mois et commence à le sentir bouger depuis quelques jours déjà.
Jeudi 31, rendez-vous à l’hôpital pour discuter, comprendre et décider de la suite. Nous avons remis Matthias et Emma à l’école car notre départ vers l’Europe du Nord est compromis.
Les alternatives sont quasi inexistantes; attendre la perte du bébé ou I.M.G: Interruption Médicale de Grossesse.
Quelle tristesse, Quelle douleur.
Nous préférons l’IMG (préférer, quel mot inapproprié à une telle situation).
Ce sera pour mardi 5 février.
En rentrant de l’école, Matthias et Emma s’éffondrent; ils se réjouissaient tellement d’avoir un petit frère ou une petite soeur. Ils cherchaient déjà un prénom, étaient impatients de savoir si c’était une fille ou un garçon. Ils nous posent beaucoup de questions. C’est difficile d’y répondre sans pleurer tout le temps!
Les heures passent, les jours passent, les nuits passent; cette attente est longue et douloureuse. Je ne pense qu’à cela à chaque instant. René et moi sommes deux zombis qui errons dans la maison.
Lundi 4, 17h entrée à l’hôpital. Nous y passerons 2 nuits, ensemble heureusement.
J’appréhende cette journée de mardi; ils vont déclencher un accouchement « normal » sauf que notre bébé sera mort. Ils ont prévu de démarrer tôt car « ça » peut durer la journée! Lever à 6h, salle d’accouchement à 6h50.
« Est-ce que vous avez des questions? » non
« Est ce que vous êtes prête? » oui,… non,… je sais pas…Comment répondre à une telle question?
On me donne les médicaments et l’attente commence; longue attente…Je somnole dans le lit; René est à côté de moi; avec moi. Il lit, il somnole, il pense. Nous sommes tristes.
Nous attendons les premières contractions. Vers 10h30/11h, toujours rien alors on me redonne des médicaments. Et on attend.
J’ai peur: Peur que ça dure, Peur que ça vienne.
On nous a posé tellement de questions avant!
Elles tournent sans arrêt dans ma tête. Moi, je pensais que une IMG c’était aller à l’hôpital, on m’endort et quand je me réveille, tout est fini. Mais non! Pour plein de raisons totalement justifiées, croyez-en mon expérience, on accouche de manière « naturelle ». (vous comprendrez cela en allant sur www.petiteemilie.org , un site qui nous a beaucoup aidé entre le 31 et le 4).
Il est 12h30; depuis les derniers médicaments, je sens qu’il se passe quelque chose. On m’a proposé une péridurale. A priori j’étais plutôt contre. Ayant eu une mauvaise expérience avec Matthias, (nous avons eu peur de le perdre lors de l’accouchement) j’avais décidé de ne plus en faire pour ne pas mettre la vie de mon enfant en danger; de plus, le geste clinique me faisait peur! Mais là, les circonstances sont différentes. Ils recommandent de ne pas souffrir inutilement en plus! Alors je suis OK! Mais je voulais attendre le dernier moment quand même.
12h30:René est monté à la chambre pour s’aérer un peu et manger quelque chose. J’ai demandé si je pouvais le rejoindre et l’anésthésiste était OK pour une biscotte et une tisane. 13h15, je suis dons partie le rejoindre. Se dégourdir les jambes après 6 heures d’attente interminable, cela faisait du bien. Depuis que je suis à la chambre, j’ai des contractions un peu plus fortes mais j’attends mes biscottes.Elles arrivent vers 13h45. Je tartine la 1ère, croque dedans et là, une douleur énorme m’envahit! Je manque de m’évanouir, René appelle du secours et on me ramène en salle d’accouchement sur mon lit en urgence. Couloirs, ascenseur, attention devant…
La douleur est terrible! Avec ces médicaments très forts, les contractions sont intenses et ne laissent pas de répit!
On m’allonge dans le lit de la salle d’ac; la sage-femme, Fabienne, qui est avec moi depuis ce matin est formidable! Cela me rassure de l’avoir avec moi. Elle prépare une perfusion. René me tient la main, nous pleurons tous les 2.
Bientôt, nous aurons les réponses à toutes ces questions posées depuis quelques jours et qui me hantent, qui nous hantent.
« Est-ce que vous voudrez voir le bébé? »
» Le prendre dans vos bras? »
» Connaitre le sexe? »
» Lui donner un nom? »
« Faire pratiquer une autopsie? »
« Un enterrement? incinération? par nous ou l’hôpital? »
Tant de questions qui sont si difficiles à entendre; mais tellement nécéssaires pour faire le deuil de cet enfant qui ne grandira pas dans notre famille.
Au moment de poser la perfusion et en attendant l’anésthésiste pour la péridurale, la poche des eaux se perce. Je crie, je pleure, j’ai peur! Les contractions s’atténuent un peu; je peux souffler quelques instants!
Puis tout s’accélère! Les contractions, la douleur. Je crie à Fabienne que je vais accoucher, là, tout de suite! Et mon bébé est là, il est 14h05.
Fabienne nous demande ce que nous voulons faire, et à ce moment là, c’est une évidence: Je veux le voir pour lui dire au revoir.
La douleur est énorme. Je ne savais pas qu’on pouvait pleurer autant!
Je lui demande le sexe. C’est une petite fille. Elle pèse 120 g et mesure environ 15cm. Nous la gardons avec nous un long moment!
Elle s’appelle Charlotte. Elle me manque déjà! Pauvre petit être qui n’a pas eu la chance de venir au monde et de grandir dans une famille qui l’aimait déjà.
Elle parait si fragile; René me dit qu’on dirait un petit oiseau tombé du nid! C’est exactement cela!
Je sais que la vie continue,… qu’on à la chance d’avoir Matthias et Emma,… qu’on pourra en avoir d’autres,… que c’est vraiment pas de chance,… qu’heureusement qu’on l’a detecté à temps,… qu’il vaut mieux ça,…
mais je ne pensais pas qu’elle pourrait me manquer à ce point; nous manquer à ce point!
Je suis heureuse de l’avoir mis au monde et d’avoir partager cela avec elle. Cela restera un moment très fort de ma vie, gravé à jamais dans mon corps et dans mon coeur. Je sais qu’elle est mieux là haut qu’ici dans un corps malade.
Je voudrais remercier toute l’équipe du CMCO; merci au Dr Favre et à Mmes Meyer et Peterschmitt pour leur soutien, leur compassion, leur professionnalisme et leur écoute; et surtout merci à Fabienne pour avoir été là, disponible, patiente et à l’écoute et toujours si juste tout au long de cette journée.
Merci aussi au Dr Moreau pour avoir detecté à temps cette anomalie et nous avoir ainsi permis de nous préparer à cette pénible perte le plus tôt possible.
Merci encore à maman, papa et Laure qui sont formidables et que j’aime de tout mon coeur.
Et à toi, petite Charlotte, merci d’être venue rejouir nos coeurs durant quelques mois. Nous ne t’oublierons jamais.






































































































































